La Deuxième République et le Second Empire
Définitions du chapitre
Voici des définitions pouvant être utiles tout au long du chapitre :
- Démocratie : Régime politique, système de gouvernement dans lequel le pouvoir est exercé par le peuple, par l'ensemble des citoyens.
- Droit du travail : Ensemble des normes juridiques qui régissent les relations entre un employeur et un employé. Le droit du travail encadre notamment la formation, l'exécution et la rupture du contrat de travail. Il garantit également le respect des libertés syndicales et des normes de sécurité au travail, et la protection des travailleurs vulnérables.
- Suffrage universel : Règle permettant à chaque individu de participer au vote, indépendamment de son niveau de richesse et de sa catégorie sociale.
- Plébiscite : Vote portant sur une simple question, visant à faire approuver une décision ou une politique.
- Césarisme démocratique : Régime politique associant pouvoir autoritaire à pouvoir personnel, et organisant régulièrement des élections truquées, pour donner au peuple une impression de démocratie.
Introduction
Les 10 et 11 décembre 1848, les premières élections présidentielles au suffrage universel masculin sont organisées. Louis Napoléon Bonaparte, neveu de l'empereur Napoléon Ier, est élu président de la République, avec près de 75% des voix.
La deuxième république marque l'entrée dans l'âge de la démocratie.
Elle dure de 1848 à 1852.
Mais cette entrée dans l'âge démocratique est rude en raison de la survenue d'un coup d'état, qui transforme la République en place en un Empire.
Cet empire dure de 1852 à 1870.
Problématique : Pourquoi la France échoue-t-elle à devenir une démocratie entre 1848 et 1870 ?
I. La Deuxième République : entre espoirs et échecs
A. L'élan révolutionnaire
La République, dans un climat enthousiaste, dans un esprit d'unité, lance plusieurs réformes majeures :
Le droit du travail, proclamé le 25 février 1848 par Louis Blanc.
La réaffirmation des libertés fondamentales.
La mise en place du suffrage universel masculin : cela conduit à une augmentation du nombre de votants : 246 000 -> 9 000 000.
La création d'ateliers nationaux, pour les ouvriers sans emploi (chantiers encadrés par des militaires).
Le premier vote mis en place est consacré à l'élection d'une assemblée constituante, c'est-à-dire une assemblée chargée de rédiger une nouvelle constitution.
Or, le suffrage étant exclusivement masculin, les mouvements féministes se multiplient, pour réclamer un système de vote plus juste et égalitaire.
Pendant ce temps, en plus des réformes sociales qui suscitent beaucoup d'espoir chez le peuple, l'esclavage est définitivement aboli en France le 4 mars 1848.
Malgré cela, la République sociale possède des limitations, est encadrée par des règles. De plus, la société coloniale reste très inégalitaire.
B. L'échec
Les espoirs déçus d'une République sociale
Les ateliers nationaux sont fermés.
Une rupture se met progressivement en place entre les classes sociales (populaire/aisée).
Deux visions de la démocratie qui s'opposent
Le gouvernement provisoire est rendu instable par une divergence politique entre le parti modéré (Lamartine) et le parti socialiste (Louis Blanc, Auguste Blanqui).
Une insurrection
Ces événements conduisent à une insurrection de la population, en particulier de la classe ouvrière.
La répression du gouvernement est sanglante : le général Cavaignac fusille près de 1500 manifestants.
Après ces événements, l'Assemblée nationale est élue en novembre 1848 ; puis, en décembre de la même année, Louis Napoléon Bonaparte est élu à l'élection présidentielle, opposant son Parti de l'Ordre, conservateur, aux Républicains.
Sa notoriété acquise d'emblée lui est héritée de Napoléon Ier.
Il promet le retour à l'"ordre".
Ainsi naît le Second Empire.
II. Le Second Empire : entre autoritarisme et populisme
A. Un pouvoir personnel
La nouvelle Constitution instaure une dictature concentrant tous les pouvoirs aux mains d'une personne, Napoléon Bonaparte, qui devient Napoléon III le 2 décembre 1852.
Napoléon cherche à renforcer la légitimité de son Empire, en organisant plusieurs plébiscites qu'il accompagne de nombreux déplacements, durant lesquels il vient à la rencontre du peuple français, dans le but de se faire apprécier.
B. Un pouvoir autoritaire
La politique de Napoléon restreint les droits et libertés des citoyens français.
Malgré le rétablissement du suffrage universel masculin, le vote est manipulé par le pouvoir en place, et n'a plus de sens. Voici un exemple de mesure prise :
Lors des élections certains candidats sont désignés comme "officiels" par le pouvoir en place, ce qui a pour effet de favoriser certains candidats, au détriments d'autres.
Cela a pour conséquence une perte d'intérêt du vote pour les citoyens, car le pouvoir est entre les mains de Napoléon III (-> césarisme démocratique).
Ce régime est profondément autoritaire car sont pratiquées des déportations et exils d'opposants.
Les libertés publiques sont supprimées
La presse est sous contrôle, avec censure de publications allant à l'encontre du régime.
C. Un pouvoir renforçant le rôle de l'État
L'Etat se lance dans une modernisation économique, avec pour objectif une politique de grandeur nationale.
Pour ce faire, Napoléon III modernise les principaux secteurs de l'économie française :
Agriculture
Transports
Industrie
Il met également en place un système de financement facilitant les projets de modernisations, par des concessions, notamment (chemins de fer).
En politique étrangère, il veut faire de la France un pays reconnu sur le plan international, en agrandissant l'Empire colonial, notamment en Asie du Sud-Est (Cambodge), ou en soutenant le peuple italien dans son processus d'émancipation de l'Autriche.
D. Des oppositions réprimées
a. Les instruments de contrôle et de répression
1. La censure de la presse
Décret du 17 février 1852 : Autorisation préalable pour tous les journaux
Avertissements administratifs : 2 avertissements = suspension du journal
Cautionnements élevés : Barrière financière pour les publications
Journaux supprimés : Le Siècle, La Presse, Le National
2. Le contrôle des élections
Candidature officielle : Le gouvernement désigne ses candidats
Pressions administratives : Préfets influencent les votes
Falsifications : Résultats parfois truqués
Abstentionnisme encouragé : Pour les opposants
3. La surveillance policière
Police secrète : Surveillance des réunions et associations
Fichiers politiques : Tenue de dossiers sur les opposants
Contrôle des déplacements : Passeports obligatoires
Mouchards : Réseau d'informateurs dans les milieux ouvriers
b. Les oppositions visées
1. Les républicains
Période 1852-1860 : Répression la plus forte
Figures emblématiques : Victor Hugo (en exil), Jules Ferry, Gambetta
Activités clandestines : Cercles républicains, pétitions
Procès politiques : Exemple du procès des 15 (1858)
2. Les socialistes et ouvriers
Interdiction des associations ouvrières : Jusqu'à la loi de 1864
Grèves réprimées : Peine de prison pour les meneurs
Surveillance des clubs : Interdits jusqu'en 1868
Internationale ouvrière : Surveillance accrue après 1864
3. Les monarchistes
Légitimistes (partisans des Bourbons) : Moins visés, mais surveillés
Orléanistes (partisans de la monarchie constitutionnelle) : Certains soutiennent l'Empire
Division : Faiblesse de l'opposition monarchiste
c. Une évolution vers le libéralisme
Causes
Pression de l'opposition : Croissance du mouvement républicain
Échecs extérieurs : Guerre du Mexique (1861-1867), tensions européennes
Changement de stratégie : Napoléon III cherche à rallier les masses
Évolution sociale : Montée de la classe ouvrière
III. La fin du Second Empire
L'échec est progressif.
Tout commence par une résistance intérieure, une propagande à l'étranger, ainsi qu'un retour des députés républicains au Corps législatif, qui se traduit par une victoire des républicains dans les grandes villes.
La Guerre avec la Prusse se solde par la Défaite de Sedan, le 2 septembre 1870.
La chute de l'Empire est proclamée le 4 septembre 1870.
Conclusion
La chute de l'Empire est aussi intrinsèquement liée à l'activité d'écrivains résistants comme George Sand (de son vrai nom Aurore Dupin), ou encore Victor Hugo avec son oeuvre Napoléon le Petit.